Pourquoi l’anneau anti-viol me laisse perplexe ?

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Il y a quelques temps déjà, j’avais vu passer sur les réseaux la nouvelle de l’arrivée d’un anneau anti-viol, ayant pour but de protéger les personnes sexisées des violences sexuelles. Cette semaine, cet objet est réapparu dans mon feed et je m’y suis intéressée de plus près.

Qu’est-ce que l’anneau anti-viol ?

L’anneau anti-viol est un cylindre en silicone développé par la compagnie Rape aXe dans le but de prévenir les viols et faciliter l’identification de l’agresseur. Cet objet, qui ressemble à une coupe menstruelle croisée avec un préservatif, s’insère dans le vagin. Il possède dans sa partie intérieure des crochets qui n’empêchent pas l’entrée du pénis, mais rendent impossible sa sortie. Ainsi, en cas de viol, l’agresseur se retrouve surpris par cet objet et lorsqu’il se retire, l’anneau reste accroché à son pénis. Impossible de l’enlever sans aide médicale et sans laisser de traces sur son membres.

C’est ingénieux, mais cela me laisse perplexe.

Pourquoi l’anneau anti-viol ne me convint pas ?

L’anneau anti-viol a été conçu par une Docteure Sud Africaine, dans un contexte où le pays présente l’un des taux de viol les plus élevé du monde. C’est un très belle initiative et je salue le fait qu’une personne comme la Docteure Sonnet Ehlers/Bryant ait choisi d’agir.

Cependant, cette solution ne me paraît malheureusement pas être la solution miracle pour diverses raisons.

Il n’empêche pas le viol.

Le fonctionnement même de l’anneau anti-viol ne permet pas d’éviter le viol. Il ne fait que l’écourter. En effet, l’anneau a pour but de se glisser sur le pénis et d’y rester accrocher. Ainsi, il faut qu’il y ait une pénétration, et donc un viol pour que l’anneau puisse agir. Effectivement, l’agresseur sera sans doute stoppé net par la surprise, puis la peur de ne pas pouvoir retirer le dispositif de son pénis. Mais la victime aura tout de même subit un viol, et les conséquences qui vont avec : traumatisme, douleur, conséquences psychologiques sur le long terme, etc.

L’anneau anti-viol ne protège pas la victime de la violence.

La violence autour d’un viol ne concerne pas seulement la pénétration. La situation, les violences verbales, voire physiques pour forcer la victime avant l’acte en lui-même sont traumatisants.

De plus, il est impossible de savoir comment l’agresseur réagira suite à l’emprisonnement de son pénis dans l’anneau. Il pourrait fuir tout comme il pourrait devenir plus violent.

Un viol n’est pas qu’une histoire de pénétration vaginale par un pénis.

Malheureusement, un viol peut être réalisé avec autre chose qu’un pénis et il n’implique pas nécessairement une relation entre deux organes génitaux. Un viol, c’est aussi forcer une personne à avoir un rapport buccal ou anal. Dans ce cas de figure, l’anneau sera malheureusement inutile. Il ne protège pas non plus des agressions sexuelles que les personnes sexisées subissent régulièrement dans leur quotidien, telles que les attouchements, et qui sont également traumatisants.

Les responsables de viol sont en majorité des personnes en qui la victime avait confiance.

Utiliser cet anneau implique de se préparer à la possibilité de subir un viol. Il s’agit donc d’un accessoire qu’on pensera à mettre en cas de rendez-vous avec un inconnu, mais pas lorsqu’on se rend dans un endroit où l’on se sent en sécurité.

La majorité des viols sont perpétrés par une personne connue de la victime : un conjoint, un ami, un membre de la famille, etc. Quand ils surviennent, la victime n’avait pas envisagé le fait que cela puisse arriver car elle se sentait en confiance.

De plus, le consentement n’est pas une notion durable. On peut avoir envie d’avoir une relation avec quelqu’un et changer d’avis en cours de route pour diverses raisons (partenaire pas à l’écoute, réveil d’un trauma, ne plus se sentir à l’aise, etc). Dans ce cas, et puisque le rapport sexuel avait démarré, que faire ? Impossible de faire apparaitre l’anneau dans son vagin par magie.

Le viol n’est pas une question de sexe mais de domination.

Evidemment tous les viols ne sont pas prémédités. Mais tous ont en commun les rapports de domination. Une personne souhaite faire passer ses envies avant tout le reste. Ou encore cherche à se prouver qu’elle peut dominer une situation.

Dans le cas d’un viol par un inconnu, comme ça arrive encore trop souvent en boîte de nuit ou en bar ; par exemple ; les individus qui apportent des drogues avec eux dans le but de violer une victime inconsciente ont clairement prémédité leur acte. Il n’y a pas de désir, pas de spontanéité, simplement de la violence et de la domination. Dans ce contexte, comment ne pas être sûr.e que l’agresseur prendra le temps de vérifier si sa victime porte ou non ce dispositif afin de pouvoir le retirer ?

Qu’en est-il de sa recevabilité face à un.e juge ?

L’anneau n’est pas censé blesser physiquement l’agresseur, mais son design, qui rappelle les objets de tortures médiévaux, pourraient avoir mauvaise presse aux yeux de la justice.

Quand on sait qu’en France, les bombes aux poivres sont techniquement interdites, je vous laisse imaginer que l’usage d’un tel objet sera sans doute réprimandé également.

Je crains, que lors d’un procès, l’outil ne se retourne finalement contre la victime et que l’agresseur soit porté en victime innocente d’une horrible conspiration misandre. Quand on sait actuellement le peu de sérieux qui est accordé aux plaintes pour viols, autant du côté de la police que de la société, j’imagine que très vite des détracteurs crieront que les victimes séduisent des hommes par sadisme avec pour projet de les blesser avec l’anneau.

Et finalement, on donne la responsabilité à la victime, encore.

Le dernier argument qui me laisse dubitative face à cet objet, c’est qu’on donne encore une fois la responsabilité aux victimes de se protéger.

« Tu portais quoi ? » « Tu avais bu ? » « Tu l’avais aguiché ? » « Tu portais ton anneau anti-viol ? » «  Et ta culotte de chasteté en béton armée ? »

Les victimes sont toujours pointées du doigt dans le cadre de violences et de violences sexuelles. On chercher toujours à trouver des circonstances atténuantes qui justifieraient les actes de l’agresseur. C’est donc aux victimes et potentielles victimes ; que nous sommes tou.te.s ; de se protéger, d’adapter leur comportement, leur tenue, de ne pas sortir seul.es. Encore une fois, ce sont les victimes qui subissent la charge mentale que leur impose la culture du viol.

Et si ; pour une fois ; on essayait de changer les mentalités ? Et si on éduquait nos enfants, nos concitoyen.nes, nos frères, nos oncles, nos pères ? Si on leur faisait simplement comprendre que rien ne justifie un viol, que c’est un crime, et que l’agresseur mérite une vraie peine ? Et si on changeait le regard que la société porte sur le corps des personnes sexisées pour qu’iels puissent sortir dans la rue sans peur ? Pour qu’iels puissent enfin vivre sans sentir sans cesse une épée de Damocles au-dessus de leur tête, de leur vie.

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